© Centre Hospitalier de ValenciennesConfronté à une croissance d’activité exceptionnelle depuis quinze ans et à des besoins de santé particulièrement élevés sur le territoire du Hainaut, le Centre Hospitalier de Valenciennes a engagé un Schéma Directeur Immobilier (SDI) d’une ampleur rare dans le secteur public hospitalier. Ce projet de 465 M€, soutenu par l’État dans le cadre du Ségur de la santé, vise à adapter l’hôpital aux réalités d’un bassin de population socialement fragile, médicalement sous-doté, et aux défis des décennies à venir. Structuré autour de cinq axes (reconfiguration des urgences, adaptation des soins critiques et de la maternité, développement de l’ambulatoire, articulation avec la ville et modernisation logistique) le SDI redéfinit l’organisation du site principal. Les grandes opérations s’échelonneront jusqu’en 2035 : extension du « cœur chaud » (urgences, blocs, maternité, soins critiques), transformation du bâtiment Monaco en pôle ambulatoire, création d’un centre intégré de cancérologie et rénovation des secteurs de médecine… Ce projet se distingue par une gouvernance profondément collaborative : plus de 500 professionnels ont pris part aux réflexions, dans la continuité d’une culture valenciennoise fondée sur la concertation et l’innovation organisationnelle. L’ambition affichée est claire : construire un hôpital plus agile, plus lisible, plus durable, capable d’améliorer les prises en charge des patients, les parcours, le confort et les conditions de travail, tout en renforçant l’attractivité de l’établissement. Au-delà d’une transformation architecturale, le Centre Hospitalier de Valenciennes assume un projet de territoire, affirmant le rôle structurant du service public hospitalier dans un bassin de santé en profonde mutation.
Propos recueillis auprès de Nicolas Salvi, Directeur général du Centre hospitalier de Valenciennes
Comment est-ce que vous définiriez le Centre Hospitalier de Valenciennes ?
Nicolas Salvi : Le Centre Hospitalier de Valenciennes est un établissement qui occupe une place symbolique dans le système de santé parce qu’il a toujours su innover. Cette innovation se manifeste dans son positionnement territorial, dans sa dynamique managériale interne et dans sa capacité à porter des projets organisationnels audacieux. Nous avons, par exemple, expérimenté l’intelligence artificielle aux urgences, mis en œuvre un projet Ville-Hôpital structurant, et développé un modèle managérial fondé sur la subsidiarité, à la fois verticale et horizontale. Cette capacité d’innovation constante fait partie intégrante de l’identité de l’établissement. Elle s’accompagne de valeurs fortes : agilité, dynamisme, mais aussi d’un haut niveau de responsabilité vis-à-vis du territoire, des patients et des professionnels. C’est cet équilibre entre audace et responsabilité qui structure notre vision de l’hôpital de demain.
Comment se positionne le CH de Valenciennes et quelles sont ses spécificités sur le territoire du Hainaut-Cambrésis ?
N.S. : Le CHV est un établissement de recours pour l’ensemble du territoire du Hainaut, qui compte environ un million d’habitants. Même en étant un centre hospitalier général, il a su développer un grand nombre de spécialités et de surspécialités. La neurochirurgie et la chirurgie pédiatrique, par exemple, y sont particulièrement développées, avec des interventions spécifiques comme celles sur les scolioses chez l’enfant, ce qui est rare dans un établissement comme le notre. En parallèle, nous restons un hôpital de référence et de proximité pour la population du Valenciennois, qui a besoin d’un établissement fort, présent et rassurant. Ce territoire est confronté à des indicateurs sociaux, économiques et culturels parfois très défavorables. Nous enregistrons, par exemple, dans le département du Nord, un taux de surmortalité de 17 %, ce qui représente près de 3 000 décès évitables chaque année. Ce chiffre illustre à quel point notre engagement et notre capacité à proposer une offre de soins solide sont cruciales pour la santé publique locale.
Quels sont les atouts de l’organisation territoriale au sein du groupement hospitalier de territoire (GHT) ?
N.S. : L’organisation territoriale du GHT repose sur trois grands atouts : la gradation, la synergie et le collectif. Nous avons conçu cette structuration pour répondre aux besoins spécifiques du territoire, en articulant les niveaux de soins de façon cohérente. Chaque acteur a sa place dans une organisation graduée, où les établissements travaillent ensemble selon leurs expertises respectives. La logique fonctionne parce que nous avons su bâtir des partenariats solides, non seulement entre établissements hospitaliers, mais aussi avec les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS), la médecine de ville, et l’Agence régionale de santé (ARS) Hauts-de-France, ou les Universités. Ce travail en commun est indispensable à l’échelle de notre territoire : il serait impossible de répondre seuls à l’ampleur des enjeux sanitaires et sociaux.
Le territoire du Hainaut fait face à des inégalités sociales et sanitaires fortes. Comment l’hôpital adapte-t-il sa stratégie pour répondre à ces besoins de santé spécifiques ?
N.S. : Nous avons structuré une stratégie territoriale solide à travers notre Projet d’établissement Interactions 2024-2029. Ce projet pose les bases de notre action, en intégrant à la fois une vision médicale, soignante, organisationnelle et territoriale. Il s’agit d’une feuille de route claire que nous déployons progressivement, en impliquant l’ensemble des acteurs dans une dynamique respectueuse des rôles et compétences de chacun. Nous avons également mis en œuvre des outils concrets pour soutenir cette stratégie. Un bon exemple est le Plateau d’Imagerie Médicale Mutualisé (PIMM), lancé début 2025. Ce dispositif nous permet de relocaliser l’interprétation des examens sur le service d’imagerie de Valenciennes, tout en garantissant une réactivité optimale (avec un délai d’interprétation moyen de 24 à 30 minutes) et une qualité de lecture assurée par des radiologues sur-spécialistes. Le PIMM est une démonstration de notre capacité à combiner proximité, qualité et performance, au bénéfice de tout le territoire : Fourmies, Maubeuge, Le Quesnoy, Denain et Valenciennes.