Hors Série N°2

Decembre 2017
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Les grands reportages de ce numéro

EDITO Hors Série N°2

Architecture au bloc opératoire : “Nous devons accepter de rompre avec l’uniformité de traitement”

Pourquoi cibler le bloc opératoire ?

Simplement parce que tout le monde sait que la chirurgie ambulatoire est un concept d’organisation basé sur la gestion des flux de toutes sortes et que le bloc opératoire est le dernier obstacle à lever, pour répondre complètement à cette définition. C’est l’ultime bouchon dans les circuits, responsable de tous les engorgements. L’archaïsme, l’immuabilité et l’uniformité des circuits de ce plateau technique est une des raisons pour lesquelles le taux de chirurgie ambulatoire ne dépassera jamais le plafond de verre.

Le virage ambulatoire est dans toutes les consciences. Notre Ministre veut que son taux grimpe à 70% en 2022. Cet objectif est un saut rapide et révolutionnaire dans le futur. Il est néanmoins encore nettement inférieur à celui de la plupart des pays de l’OCDE. Tous les pays qui ont développé la chirurgie ambulatoire dont les taux dépassent 70%, ont toujours commencé un virage avec des centres indépendants, dont l’intérêt premier était de se soustraire de l’organisation des blocs traditionnels. C’était la manière la plus simple. Aujourd’hui ces pays ont pu évoluer vers des unités beaucoup plus diversifiées qui se sont adaptées à la fois aux volumes d’activité croissants et à l’élargissement du case mix ambulatoire qui englobe également des actes chirurgicaux lourds.

Ils ont compris depuis longtemps qu’une cataracte ou un canal carpien nécessitaient des ressources et une organisation différente de celles dédiées à des arthroplasties de hanche ou une cholécystectomie sous célioscopien même si toutes sont prises en charge en ambulatoire. Ils ont 20 ans d’avance. La question est de savoir si la France peut rattraper ce retard et surtout le faire dans un temps très court, sachant que la plupart des investissements de modernisation, continuent à se faire au bloc opératoire sur un modèle intégré, qui maintient dans un position dominante, la chirurgie traditionnelle forcément décroissante et minoritaire. Assurément non.

Il n’est pas question de pointer la responsabilité des uns et des autres mais simplement de constater que si le visuel a changé et que les structures sont belles et souvent bien équipées, les fonctions décisionnelles, la hiérarchie, les modes de communications, plus globalement l’organisation, sont restés les mêmes depuis un demi-siècle. L’architecture hospitalière n’échappe pas à ce constat. Nous sommes le seul pays qui impose quasiment un bloc commun pour des modes de prise en charge complètement différents. Alors qu’ailleurs, on a admis l’autonomie, l’indépendance et même la liberté de créer des entités innovantes dès lors qu’elles répondent à des exigences sécuritaires et économiques strictes.

Maintenant comment faire, pour aller vite et bien, alors que, depuis 25 ans, nous n’avons pas saisi l’opportunité que la chirurgie ambulatoire pouvait changer significativement l’organisation de la prise en charge chirurgicale ? Faut-il, en même temps, tout défaire et repartir sur le bon pied, avec le risque de s’engager dans des chantiers de renouvellement qui touchent tous les niveaux de décision, de restructuration qui touchent la majorité des structures, des modifications réglementaires qui vont se perdre dans les méandres administratifs et politiques ? Assurément non, car c’est continuer avec tous les atermoiements que nous connaissons bien. Désacraliser en urgence le bloc opératoire, véritable turbine qui tire les flux en amont et les pousse en aval, c’est se fixer un préalable qui pourrait donner des résultats quasi immédiats.

Donner une indépendance créatrice aux acteurs de première ligne, c’est créer une dynamique ascendante qui impactera, les structures, et le décisionnel. C’est la meilleure manière d’harmoniser, dans une unité de lieu, propre au paysage hospitalier français, la chirurgie de recours et d’urgence avec la chirurgie lourde avec ou sans comorbidité qui s’oriente inexorablement vers l’ambulatoire. Enfin la chirurgie de cabinet prend de l’ampleur dans tous les pays. Elle s’affranchit sans complexe de la complexité hospitalière. Pouvons-nous l’ignorer ? Devons-nous l’intégrer dans nos futurs blocs opératoires ? Probablement, dans un premier temps, pour éviter des ruptures trop brutales.

Sommes-nous capables, maintenant, de ces prouesses qui imposent une telle diversité des flux ? Il le faut !

L’architecture de proximité, consciente, innovante, imaginative, qui sait comprendre et adapter est probablement un des leviers fondamentaux.

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Guy Bazin,
Anesthésiste Réanimateur - Président fondateur de l’Association Française de Chirurgie Ambulatoire


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