
La psychiatrie a profondément évolué ces dernières années, tout comme le regard porté sur les établissements qui la prennent en charge. Cette transformation engage pleinement l’architecture hospitalière, appelée à dépasser son rôle de simple support pour devenir un outil à part entière du projet thérapeutique. L’hôpital psychiatrique n’est plus un lieu de mise à l’écart, mais un espace inscrit dans la cité, attentif aux usages, à la lumière, à la nature et aux parcours. Une architecture pensée pour accompagner les patients dans leur réhabilitation, tout en améliorant les conditions de travail des équipes soignantes, contribue ainsi à faire évoluer durablement l’image et la réalité de la prise en charge en santé mentale.
Présentation avec Nicolas Van Oost, Roland Roquiny, et Marie Godrie, ingénieurs architectes, archipelago
Comment l’architecture psychiatrique a-t-elle évolué ces dernières années, notamment au regard des nouveaux modèles de prise en charge en santé mentale ?
Longtemps, les soins psychiatriques sont restés confinés dans des hôpitaux ou des services spécialisés. Aujourd’hui, on se rend compte que le lien avec l’extérieur est primordial pour la réhabilitation. Grâce à l’évolution de leur médication et à l’amélioration de leur qualité de vie les personnes souffrant de troubles mentaux peuvent rester autant que possible dans leur environnement quotidien, au contact de leur proches.
À l’image de l’évolution des soins hospitaliers généraux, la prise en charge ambulatoire se développe et l’hospitalisation tend à devenir une parenthèse dans le parcours de soins quand celle de jour ne suffit plus.
De plus, à l’heure actuelle, on ne parle plus uniquement de psychiatrie mais de santé mentale, ce qui élargit la sphère des soins et concerne plus de monde.
L’image de la psychiatrie évolue et c’est une bonne chose car cela facilite une prise en charge plus précoce et donc plus efficace. Ces évolutions ont un impact direct sur l’architecture des hôpitaux psychiatriques. Les unités de soins doivent garantir une prise en charge plus intensive pour raccourcir les séjours d’une part et de nouvelles unités sont aménagées pour l’accueil de jour d’autre part.
Pour le nouvel hôpital psychiatrique de Bertrix (Vivalia), nous nous sommes beaucoup inspirés du modèle HIC développé dans les pays nordiques. De nombreuses réflexions sont menées autour des espaces d’apaisement mais aussi de la place de la famille et des proches. Nous étudions notamment la mise en place de chambres studios capable d’accueillir un proche quand cela s’avère utile.
Quelles sont, selon vous, les spécificités propres à la conception architecturale d’un établissement psychiatrique par rapport à d’autres typologies hospitalières ?
Contrairement à un hôpital général aigu, dans un hôpital psychiatrique, le patient est en mouvement. Il ne vient pas subir une intervention et sortir un fois qu’il est capable de se tenir debout. Non, le patient est acteur de ses soins, il se déplace dans l’hôpital dans un parcours vers la réhabilitation. Cette différence a un impact majeur sur la conception. Alors que l’architecture des services hospitaliers aigus est conçue pour le bien-être de patients alités, ici, les espaces doivent inviter les personnes soignées à se déplacer, à prendre part à des activités et à acquérir leur autonomie.
Le rapport avec le personnel soignant est également très différent. Quand le patient peut se déplacer, c’est l’ensemble des espaces qui deviennent appropriables. Et pour que ça marche, il faut que les espaces soient propices aux échanges entre le personnel et les patients. L’unité tout entière devient un lieu habitable et partagé par tous.
Dans un hôpital général, il n’y a pratiquement que la chambre qui soit libre d’accès pour le patient. En psychiatrie, les espaces s’apparentent plus à des lieux de vie. La chambre est avant tout destinée au repos mais elle est aussi un lieu de repli quand le patient ressent le besoin de se mettre en retrait de la communauté. Pour que son occupant puisse se l’approprier, il faut évidemment que la chambre soit individuelle, ce qui correspond à la tendance actuelle.